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Joseph Conrad, Dostoievski, et l'orchestre du Titanic

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J'ai toujours trouvé frappant que Conrad déteste Dostoievski. Je crois qu'on peut dire qu'il a écrit 'L'agent secret' et 'Sous les yeux de l'Occident' contre Dostoievski. Non pas sûrement contre l'écrivain Dostoievski, contre sa puissance romanesque, contre son style. De ce point de vue-là, ils étaient sans nul doute de la même trempe et Conrad ne pouvait que le reconnaître.
Joseph Conrad a écrit contre la figure du révolutionnaire chez Dostoïevski. Joseph Conrad a écrit contre l'idéologie sous-jacente aux grands romans révolutionnaires de Dostoievski.


Dostoievski croit aux idées qui, par nature, sont destinées à s'appliquer à l'ensemble de l'humanité - pour changer son sort et l'améliorer. Joseph Conrad croit aux principes, ceux qui guident les vies individuelles. Ceux qui n'imposent rien à l'extérieur du cercle de son propre esprit. Il y a là une grande différence entre les idées et les principes. Qui forment deux catégorie…

Je lance un appel... George Franju, Louis Guilloux et Albert Camus

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J'aimerais beaucoup réussir à voir l'adaptation de 'Dans la ligne d'ombre '  que George Franju a réalisée pour la télévision en 1973.

Je n'en trouve aucune version disponible dans le commerce... Aussi, j'en appelle au hasard... Si jamais un amateur de Conrad, heureux possesseur d'une copie, venait à passer dans ces parages....
De nombreuses informations au sujet de cette production pour la télévision à l'adresse suivante:
http://php88.free.fr/bdff/image_film.php?ID=10720
A noter qu'apparaît, dans un petit rôle, l'acteur Jean-Paul Tribout, l'inspecteur  Pujol des  Brigades du tigre.

Je suis d'autant plus intéressé par cette version de ' Dans la ligne d'ombre' que Louis Guilloux a participé à la conception du scénario.
J'ai beaucoup d'admiration pour l'intégrité de Louis Guilloux (1899-1980) qui fut un ami de Camus. Je tiens son roman 'Le Sang Noir' comme un très grand livre.
'On pouvait sonner à leurs porte…

Le héros conradien (1) entre désespoir et ubris avec un soupçon de Passi-Calogero

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Le héros conradien est un héros solitaire et métaphysique. Qui désespère de ne pas trouver plus de sens dans le monde qui l'entoure. 


'Ecoutez, poursuivi Almayer, en parlant très fort et en martelant la table, je voudrais savoir. Vous qui dites avoir lu tous les livres, dites moi donc seulement...pourquoi sont permises des choses aussi abominables. Me voilà ici ! Moi qui n'ai fait de mal à personne, qui ai mené une vie honnête...et une canaille pareille naît à Rotterdam ou dans un coin de ce genre quelque part à l'autre bout du monde, il vient jusqu'ici, vole son employeur, abandonne sa femme, et nous ruine, moi et ma Nina - il m'a ruiné, vous dis-je - et se fait abattre en fin de compte par une pauvre malheureuse sauvagesse, qui, en fait ne sait absolument rien sur lui. Qu'est-ce que cela signifie ? Où est votre Providence ? Où y a-t-il dans tout cela un avantage quelconque pour qui que ce soit ? Le monde est une escroquerie ! Une escroquerie !Pourquoi dois…

La mer, la mort, le marin et l'écrivain

Je relis le passage cité en conclusion de mon message de lundi dernier. ' Mais je ne ressentais aucune appréhension. J'étais déjà suffisamment familiarisé avec l'Archipel. Une patience extrême, un soin extrême me permettraient de franchir la région des terres fragmentées, des brises fugitives et des eaux mortes pour qu'enfin je sente l'objet de mon commandement vivre avec la grande houle et s'incliner au souffle puissant des vents réguliers qui lui donneraient le sentiment d'une vie vaste et plus intense. La route serait longue. Toutes les routes sont longues qui mènent vers ce que le coeur désire. Mais cette route-ci, je pouvais la lire en esprit sur la carte, d'un oeil professionnel, avec toutes ses complications et ses difficultés; et pourtant assez simple d'une certaine manière. On est marin, ou on ne l'est pas. Et je ne doutais pas de l'être.' ( Dans La Ligne d'Ombre, traduction de Florence Herbulot, tome IV Pléïade p 910) C'es…

Paul Le Moal (1916-2000)

Comme je l'ai dit en inaugurant ce blog, c'est la lecture de 'Nostromo' qui m'a fait découvrir l'ampleur et la puissance de l'oeuvre de Joseph Conrad.
J'ai dû mettre un peu plus d'un mois pour lire 'Nostromo'. Un mois de joie et de délices intellectuels. Que je dois à Conrad bien sûr, mais aussi à son traducteur Paul Le Moal, valeureux serviteur de Joseph Conrad, auquel je veux aujourd'hui rendre hommage.
Paul Le Moal est né le 6 août 1916 à Tréguier ( Côtes d'Armor) et mort le 29 juin 2000 à Lannion ( Côtes d'Armor) Professeur des universités, il a notamment traduit, présenté  et annoté 'Nostromo' pour l'édition de Conrad dans la Pléïade. Pour cette même édition, il a aussi traduit 'Victoire' avec Sylvère Monod
J'ai cherché sur le net des renseignements le concernant. Espérant une photo peut-être... J'ai trouvé mieux que ça: une vidéo. Une vidéo dans laquelle on le voit et on l'entend. Il bouge et parle …

En mer comme dans un tube à essai

Joseph Conrad s'est toujours défendu d'être un écrivain de la mer.
Je pense que simplement, la mer lui fournit un lieu, un cadre conventionnel propice à la pratique de ses expériences d'écrivain - des expériences qui, sous toutes les latitudes, n'ont jamais qu'une seule finalité: sonder les mystères de l'âme humaine.. Tout à fait de même que le western  - ou bien la tragédie grecque  -possède son propre cadre conventionnel. On peut bien évidemment choisir n'importe lequel de ces cadres conventionnels qui ne sont évidemment pas tous également fructueux. De même qu'en chimie, certains récipients à certaines conditions de température et de pression se révèlent, à l'usage, plus adaptés que d'autres pour provoquer ou accélérer les réactions espérées de la mise en place des réactifs adéquats.
Que va-t-il advenir si l'on place ensemble des hommes dans le tube à essai du palais d'Agamemnon, ou dans celui de la ville de Tombstone, dans celui du brick…

Joseph Conrad, Marc-Aurèle, la mère de Marcel Proust et... Rome finalement

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Le 14 janvier 1898, Joseph Conrad écrit à son ami Robert Cunninghame Graham: 'La vie ne nous connaît pas et nous ne connaissons pas la vie - nous ne connaissons même pas nos propres pensées. La moitié des mots dont nous nous servons n'ont aucun sens, et de l'autre moitié chaque homme comprend chaque mot à la façon de sa folie et de sa vanité.' A l'intérieur, aussi bien qu'à l'extérieur - et sur toute la terre - la même incommunicabilité... Cette terrible absence d'illusion relative à l'essence même de son métier... Je trouve qu'elle donne encore plus de prix aux terribles efforts qu'en dépit de cette situation sans espoir, il a consentis pour mener à bien son oeuvre.

Des mots magnifiques qui, dans mon esprit, immédiatement en appellent d'autres: ceux de Marc-Aurèle appris par coeur il y a bien longtemps: '"Dans la vie d'un homme, le temps qui lui est imparti n'est qu'un instant, son existence un flux incessant, sa consci…